L’art qui fait réfléchir, ou comment amener les gazouillis un cran plus loin

Nous vivons à une époque formidable, où les gens disposent enfin de plateformes de communication illimitées pour assouvir leur besoin fondamental de communiquer. L’ennui, c’est que l’attention que nous pouvons accorder à chacun a été considérablement réduite par la surabondance d’information et un besoin de plus en plus pressant de dire quelque chose. N’importe quoi.

Dans mon quartier, pourtant, certains ne cherchent pas à se tailler une place dans le cyberespace, préférant encore utiliser les bonnes vieilles méthodes

Ces gens ont attiré mon attention avec un graffiti emblématique, surnommé The Listen Bird (l’oiseau « Écoutez »). Il s’agit d’un dessin d’oiseau assez simple, accompagné d’une bulle contenant le mot « Listen » (Écoutez).

Listen BirdOn a souvent dit de ce graffiti qu’il s’agissait d’une critique de notre refus d’écouter les appels à l’aide de la nature. Je suis plutôt d’accord avec cette interprétation, mais je dois avouer que la première fois que j’ai vu cet oiseau, j’ai tout de suite pensé à Twitter. J’y ai vu une contestation de la profusion actuelle de médias sociaux, une réaction à notre narcissisme et à notre besoin insatiable de donner notre avis, ainsi que l’expression d’un certain regret face à la disparition progressive de l’art d’écouter.

En me promenant dans mon quartier à la recherche d’images pour ce blogue, je me suis toutefois aperçue que cet oiseau avait beaucoup plus à dire! Dans un stationnement, par exemple, il crie « Eat more bacon! » (Mangez plus de bacon!), et dans le tunnel Ville-Marie, « Goin’ to hell » (Vers l’enfer).

D’après les renseignements qu’on trouve sur Internet, cet oiseau serait dans les parages depuis les années 1980 et aurait été vu un peu partout au Canada. Il ne s’agirait donc évidemment pas du travail d’un seul artiste. En unissant leurs forces, les graffiteurs semblent néanmoins avoir réussi à amener l’art du gazouillis un cran plus loin!

Dans le dernier de ces messages — mon préféré à ce jour — qu’on peut voir cette fois dans une ruelle, le célèbre oiseau siffle « Farewell St-Henri » (Adieu, Saint-Henri).

Ce message m’a particulièrement interpellée. Comme vous l’avez sans doute compris, je demeure à Saint-Henri, un quartier où les condos poussent comme des champignons et où les commerces ouvrent leurs portes pour les refermer aussitôt. Ici, les boutiques huppées d’antiquaires et les cafés branchés prennent rapidement le pas sur les petits commerces familiaux, les salons de massages douteux et les tavernes obscures jadis omniprésents.

Un message, donc, qui porte

peut-être sur le visage en pleine mutation de Saint-Henri, mais peut-être aussi, pour cet oiseau, un simple au revoir avant de s’envoler vers des pelouses plus vertes et des murs plus blancs..

Quoi qu’il en soit, le plus surprenant, c’est de constater que l’oiseau « Écoutez » a réussi à émerger de la cacophonie des graffitis et à lancer un cri qui a été entendu. Parce que, voyez-vous, même les graffiteurs anonymes doivent se mesurer à une quantité incroyable d’artistes de rue. Saint-Henri est rempli de graffitis, et aucune surface n’est épargnée, pas même la fenêtre de votre salon!

Window GraffitiQu’est-ce qui a donc permis au chant de cet oiseau solitaire de sortir de la masse? La première raison est évidente : même si j’aime bien cette forme d’art, la majorité des graffitis ressemblent à de vrais barbeaux et, si leurs auteurs ont sûrement quelque chose d’important à dire, la nature et les destinataires de leurs messages restent pour le moins nébuleux.

Ensuite, cet oiseau sait qu’en choisissant de s’exprimer sur une plateforme aussi vaste que les murs d’une ville, il s’adresse à l’auditoire le plus diversifié qui soit. Le public a en outre plus tendance à prêter attention à un message ouvert à l’interprétation et qui l’invite même à participer à la conversation.

À titre de traductrice, je suis moi aussi un scribe anonyme, et la sagesse de cet oiseau m’a inspirée. En effet, ses enseignements s’appliquent entièrement à ma profession : ne pas compliquer les choses, tenir compte du lecteur, et ne jamais oublier que la communication doit aller dans les deux sens.

Listen Bird

 

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